A mes chers disparus

Ma visite, il y a de nombreuses années, à l’île de San Michele, cimetière de Venise fut un séisme.
Un monde à part.
Moi, entourée d’eux. Tellement vivants. Des vibrations d’or, de couleurs et de lumières. Les yeux fermés, je les voyais.
Je voyais.
Ce grand mur dressé à la verticale rempli de photos des disparus, d’objets, de mots et de fleurs.
Ce mur dressé comme un immense champ de fleurs.
Aveuglée
Eblouie
Lavée
Me promettant un jour de remercier Venise, San Michele, ses morts et les miens.

Et un jour…
Un jour, j’ai détouré un visage. Il était si petit.
Un jour, j’ai pris une épingle.
J’ai piqué le visage comme un papillon de collection. Rare. À protéger. A sauver du néant.
Je l’ai piqué sur mon mur d’atelier.
J’ai placé une lumière et j’ai vu double.

Le double. 1 et 1. l’objet et son ombre. Où se situe le réel ?
N’est-il pas entre les choses ? Dans l’espace qui appartient à chacun ?
Matérialisé ici par les vides entre les « familles », mais aussi par le minuscule et retrouver « la poétique de l’espace » chère à Bachelard
Le regard peut alors se perdre et trouver. Rien ne lui est imposé.

Tout est là. Avec cette installation. Dans l’invisible de sa présence et dans la matérialité de son absence.
A mes chers disparus….

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